Aristote : la justice est une vertu de l'âme qui dispose à donner à chacun ce qui lui revient. C'est la vertu des vertus — la plus sociale, car elle concerne notre rapport aux autres. Elle est distincte de la simple légalité : on peut être légal sans être juste.
Justice comme institution
La justice est aussi l'ensemble des institutions et des procédures (tribunaux, lois) qui régulent les conflits sociaux. Elle peut être formelle (égalité devant la loi) ou réelle (lutte contre les inégalités concrètes).
Juste / légal / légitime
Ce qui est légal est conforme à la loi positive en vigueur. Ce qui est légitime est conforme à une justice supérieure (morale, droits naturels). Une loi peut être légale sans être juste (lois racistes, esclavagisme légalisé) — d'où la désobéissance civile.
Les grandes thèses à connaître
Aristote : justice distributive et commutative
Justice commutative (ou corrective) : égalité stricte dans les échanges et les punitions (rendre l'équivalent exact de ce qu'on a reçu ou subi). Justice distributive : répartition proportionnelle aux mérites de chacun — à mérites inégaux, parts inégales. L'égalité stricte peut être injuste si elle ignore les mérites et les besoins.
Rawls : la justice comme équité
Derrière un « voile d'ignorance » (on ne sait pas quelle place on occupera dans la société), les individus rationnels choisiraient deux principes : 1) l'égale liberté pour tous. 2) Le principe de différence : les inégalités sociales et économiques ne sont acceptables que si elles bénéficient aux membres les plus défavorisés. La justice est une affaire de réciprocité.
Platon : la justice comme harmonie
Dans La République, la justice est l'harmonie de l'âme et de la cité. L'âme juste est celle où la raison gouverne les passions avec l'aide du courage. La cité juste est celle où chaque classe (philosophes, guerriers, artisans) accomplit sa fonction propre. La justice est ordre, non égalité.
Thoreau : la désobéissance civile
Face aux lois injustes (esclavagisme, guerre injuste), le citoyen a non seulement le droit mais le devoir de désobéir. La désobéissance civile est publique, non violente et assumée (on accepte la punition pour montrer l'injustice de la loi). Influence majeure sur Gandhi et Martin Luther King.
Distinctions clés
Égalité de traitement vs équité
L'égalité stricte traite tout le monde de la même façon (même salaire, même peine). L'équité tient compte des différences de situation pour traiter chacun selon ce qui lui est dû (tarifs progressifs selon les revenus, adaptations pour handicap). Le juste n'est pas toujours l'égal.
Justice punitive : vengeance, dissuasion ou réhabilitation ?
La peine peut viser à rendre le mal pour le mal (talion, vengeance). Ou à dissuader les futurs criminels (utilitarisme). Ou à réhabiliter le coupable (humanisme pénal). Kant : punir pour rétablir la loi morale — ni vengeance (trop passionnelle), ni calcul (trop froid).
Points clés pour la dissertation
Question type : « Y a-t-il des injustices légales ? » — oui (esclavagisme, apartheid) — d'où la distinction légal/légitime et le droit à la désobéissance civile (Thoreau, Gandhi).
Question type : « L'égalité est-elle juste ? » — distinguer égalité arithmétique (même traitement pour tous) et égalité géométrique (traitement proportionnel aux mérites) chez Aristote ; montrer que l'égalité stricte peut être injuste.
Formule-clé de Rawls à retenir : le « voile d'ignorance » est un outil de pensée (expérience de pensée), pas une réalité — il permet de définir les principes de justice de façon impartiale.