Trois sens du mot nature. Finalisme (Aristote), mécanisme (Descartes), éthique de la responsabilité (Jonas).
Finalisme
Mécanisme
Rousseau
Jonas
Aristote
Qu'est-ce que la nature ?
Trois sens du mot nature
1) La nature comme monde physique : l'ensemble du réel non humain (forêts, animaux, planètes). 2) La nature d'une chose : son essence, ce qui la définit (la nature du triangle, de l'homme). 3) La nature humaine : les caractéristiques innées et universelles propres à l'espèce humaine (instincts, raison ?). Ces trois sens sont souvent mêlés dans les débats philosophiques.
Nature / culture
La nature est ce qui est inné, universel, indépendant de l'homme. La culture est ce que l'homme ajoute à la nature par son activité. Mais la frontière est floue : même les comportements « naturels » humains sont façonnés par la culture (le rire, la honte, la sexualité). Lévi-Strauss cherche des invariants naturels (l'interdit de l'inceste) dans la diversité culturelle.
Les grandes thèses à connaître
Aristote : le finalisme (téléologie)
La nature agit en vue d'une fin (telos) : « La nature ne fait rien en vain. » Chaque être naturel tend vers sa forme accomplie — l'acte vers lequel il est en puissance. L'œil est fait pour voir, l'oiseau pour voler. Cette vision ordonnée et orientée de la nature s'oppose au mécanisme qui refuse toute finalité dans la nature brute.
Descartes : le mécanisme
La nature est une immense machine régie par des lois mécaniques et mathématiques. Les animaux sont des automates — leurs comportements s'expliquent par des causes mécaniques, sans âme ni finalité. L'homme « maître et possesseur de la nature » peut (et doit) la dominer grâce à la science et la technique. Cette vision fonde la révolution scientifique moderne.
Rousseau : la nature humaine bonne
À l'état de nature, l'homme est bon, sain, libre et heureux. Il est animé par l'amour de soi (conservation naturelle) et la pitié (répugnance à voir souffrir). C'est la société, la propriété et les institutions qui corrompent cette nature bonne en introduisant la comparaison, l'envie et l'inégalité.
Jonas : l'éthique de la responsabilité
Face à la puissance destructrice de la technique moderne, Jonas propose un principe de responsabilité : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur Terre. » Le principe de précaution : face à l'incertitude sur les risques, il faut agir comme si le pire était possible. Nous avons une responsabilité envers les générations futures et envers la nature.
Distinctions clés
Finalisme / mécanisme
Le finalisme explique les phénomènes naturels par leur fin (l'œil existe pour voir). Le mécanisme les explique par leurs causes (l'œil est le résultat d'un processus physico-chimique sans but). Darwin réconcilie partiellement les deux : la sélection naturelle produit des structures fonctionnelles sans finalité consciente.
L'homme fait-il partie de la nature ?
Oui pour les matérialistes et l'évolutionnisme (Darwin) : l'homme est un animal parmi d'autres, soumis aux mêmes lois naturelles. Non pour Descartes (l'homme a une âme immatérielle) et Kant (l'homme est un être moral, au-delà de la nature). Nuance : l'homme est un être naturel qui se distingue par sa liberté et sa culture.
Points clés pour la dissertation
Question type : « Y a-t-il une nature humaine ? » — oui pour Aristote (animal rationnel politique) et Rousseau (bonté naturelle) — non pour Sartre (l'existence précède l'essence) — nuancer avec la biologie et l'anthropologie.
Question type : « L'homme doit-il respecter la nature ? » — Descartes (la nature est à dominer), Jonas (devoir de responsabilité envers elle), deep ecology (la nature a une valeur intrinsèque indépendante de l'homme).
Piège à éviter : le « naturel » n'est pas forcément le « bien » (sophisme naturaliste). Ce qui est naturel peut être mauvais (maladie, mort) et ce qui est artificiel peut être bon (médecine, culture).