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Philosophie · Terminale · tronc commun

Le temps

Durée bergsonienne, temps a priori (Kant), mémoire et présent (Augustin), finitude (Heidegger).

Qu'est-ce que le temps ?

Le paradoxe du temps
Augustin formule le paradoxe classique : « Qu'est-ce que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande, je ne le sais plus. » Le temps est à la fois la chose la plus familière (on le vit) et la plus difficile à définir (il résiste à l'analyse).
Temps physique / temps vécu
Le temps physique est mesuré par l'horloge — homogène, quantitatif, réversible en théorie (les équations de la physique classique). Le temps vécu (phénoménologique) est qualitatif, irréversible, hétérogène : une heure de joie ne « dure » pas comme une heure d'ennui. Bergson appelle ce temps vécu la durée.

Les grandes thèses à connaître

Bergson : la durée contre le temps spatialisé
La conscience est flux, durée — elle est mobilité pure, sans instants séparés. Mais le langage et la science « spatialisent » ce flux en le découpant en instants juxtaposés (comme des perles sur un fil). Cette spatialisation trahit la nature du temps vécu. La vraie temporalité est la durée intérieure : hétérogène, qualitative, irréversible, impossible à mesurer.
Kant : le temps comme forme a priori
Le temps n'est pas une réalité en soi (Newton) ni une abstraction tirée de l'expérience (empirisme) : c'est une forme a priori de la sensibilité intérieure. Toute expérience est nécessairement temporelle parce que notre sensibilité structure d'avance l'expérience dans le temps. Le temps est la condition de toute expérience intérieure.
Augustin : les trois présents
Seul le présent existe réellement. Mais il y a trois présents : le présent des choses passées (la mémoire), le présent des choses présentes (l'intuition ou attention), le présent des choses futures (l'attente). Le temps n'est donc pas une réalité extérieure mais une distension de l'âme (distentio animi).
Heidegger : le temps et la finitude
L'être-vers-la-mort révèle le temps comme finitude irréductible. Ma mort est la possibilité la plus propre, incessible et certaine. Assumer cette finitude (au lieu de la fuir dans le « on ») permet d'exister authentiquement, en assumant ses possibilités propres dans un temps limité. Le temps n'est pas d'abord une menace mais la structure même de l'existence humaine.

Distinctions clés

Temps linéaire / temps cyclique
Le temps linéaire (judaïsme, christianisme, modernité) : l'histoire a un début, un développement et une fin — il y a du progrès. Le temps cyclique (cultures antiques, Nietzsche avec l'éternel retour) : tout revient éternellement à l'identique. Nietzsche : si tout revient, il faut vouloir sa vie telle qu'elle est — l'éternel retour est un test de l'affirmation de la vie.
Mémoire / histoire
La mémoire est subjective, affective, sélective (Bergson). L'histoire est une reconstruction critique du passé à partir de traces et de documents. La mémoire peut biaiser l'histoire (mémoires collectives partiales) et l'histoire peut corriger la mémoire (réhabilitations historiques).

Points clés pour la dissertation

Question type : « Peut-on maîtriser le temps ? » — non (il est irréversible, on vieillit) — mais on peut le gérer (gestion du temps, mémoire, projection dans l'avenir). Stoïciens : ne s'occuper que du présent, du passé ne plus se soucier.
Question type : « La conscience du temps rend-elle l'homme malheureux ? » — Pascal (divertissement pour fuir la conscience du temps et de la mort), Heidegger (la conscience de la finitude peut authentifier l'existence), Épicure (vivre dans l'instant présent).
Formule-clé de Bergson à retenir : la durée est « le fondement de toute réalité » — c'est en elle que réside le vivant, le changement, la création. La science ne peut la saisir car elle la fige en instants mesurables.
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